10 ans après la mort de son père, Pierre Vassiliu, Lena-Rosa ose enfin devenir chanteuse

Pendant longtemps, Lena-Rosa n’a pas osé chanter. Son père, Pierre Vassiliu était lui-même artiste et occupait naturellement une place importante sur scène. Pour elle, le chant était son territoire à lui. Elle l’accompagnait à ses concerts, vivait ses prestations avec beaucoup de stress et d’admiration, mais n’imaginait pas prendre un jour sa place devant un public. Son père l’avait pourtant poussée vers la musique, notamment en lui faisant prendre des cours de piano. Mais cette transmission n’avait jamais vraiment pris la forme qu’elle aurait peut-être souhaitée. Lena-Rosa n’avait pas reçu cette impulsion qui aurait pu lui permettre de se sentir légitime à devenir artiste à son tour. Puis son père est décédé. Et c’est après sa disparition qu’elle a commencé à chanter. Dix ans plus tard, une année particulièrement symbolique va bouleverser son rapport à la musique et à elle-même. Pour la première fois, Lena-Rosa ose présenter ses propres compositions, et elle le fait dans un contexte extrêmement fort : un hommage à son père. Elle se retrouve alors entourée de musiciens qui reprennent les chansons de celui-ci. Impressionnée, stressée, elle se demande même ce qu’elle fait là. Puis vient un moment qui va changer quelque chose en elle. Un musicien lui propose de chanter sur l’un des morceaux de son père. Et, dans ce contexte si particulier, il lui adresse une phrase qui résonne profondément en elle : « Chante, ma fille, chante. » Pour Lena-Rosa, ce n’est pas simplement une invitation à chanter. C’est une autorisation. Comme si, à travers cet artiste, son père lui donnait enfin symboliquement le feu vert qu’elle n’avait jamais reçu de son vivant. Elle venait de chanter ses propres compositions pour la première fois. Elle s’était mise à nu devant un public. Et, au même moment, elle recevait cette validation qui lui permettait enfin de prendre sa place. Lena-Rosa raconte alors combien la question de la légitimité l’a longtemps freinée dans sa création. Elle avait toujours l’impression d’être jugée, attendue au tournant, comme si elle devait immédiatement prouver qu’elle avait le droit d’être là. Elle évoque également cette forme de loyauté familiale qui peut parfois nous conduire à reproduire certaines choses ou, au contraire, à nous interdire d’en faire certaines, simplement par respect pour ceux qui nous ont précédés. Dans son cas, elle pense que cette fidélité à son père l’a longtemps empêchée de devenir pleinement chanteuse. Il aura fallu sa disparition pour qu’elle commence sa propre histoire artistique. Et pourtant, ce chemin ne s’est pas fait seule. Thomas Pitot, Monique Tessier, les musiciens et le festival ont joué un rôle déterminant dans cette étape de sa vie. Puis il y a eu le Théâtre de la Mer, devant environ 1 500 personnes. Une première scène immense. Ses propres chansons. Un hommage à son père. Et surtout, cette sensation nouvelle : « J’ai le droit. » Le parcours de Lena-Rosa raconte ainsi quelque chose de beaucoup plus large que la naissance d’une chanteuse. C’est l’histoire d’une femme qui cherche sa propre identité artistique, qui doit se libérer d’un héritage familial et reconstruire sa confiance pour enfin prendre sa place. Une histoire de transmission, de deuil, de filiation, de légitimité et de renaissance artistique. Paradoxalement, c’est après la disparition de son père que Lena-Rosa a enfin trouvé sa propre voix.