Thierry : pourquoi l’écriture se travaille comme un sport

Dans cet échange, Thierry parle de son rapport à l’écriture, à la création et à cette mystérieuse part d’imagination qui accompagne tout travail artistique. Il se définit comme un auteur réaliste : ce qu’il écrit vient avant tout de ce qu’il vit, de ce qu’il observe et de ce qu’il perçoit du monde qui l’entoure.

Pour Thierry, l’imagination n’existe véritablement que lorsqu’il écrit. Il ne prépare pas forcément à l’avance ce qu’il va raconter. Il préfère commencer à écrire et découvrir progressivement où le texte va l’emmener. Il aime cette part de surprise qui fait de lui le premier lecteur de ses propres histoires. L’écriture devient alors un espace de découverte, où certaines idées apparaissent seulement au moment où elles sont mises sur le papier.

Il explique également comment l’intuition se travaille. Lorsqu’il était plus jeune, il avait notamment l’habitude de s’installer dans des cafés et de noter tout ce qu’il observait. À force de regarder les détails du quotidien, son cerveau apprenait à créer des rapprochements entre des choses apparemment sans rapport. Pour lui, la créativité est donc comparable à un muscle : plus on l’entraîne, plus elle devient agile.

Cette réflexion l’amène naturellement vers le parallèle entre l’écriture et le sport. Écrire un livre demande de l’endurance, de la régularité et surtout de la persévérance. Thierry raconte avoir parfois écrit un livre en quelques semaines, tout en pouvant consacrer quatorze années à un autre ouvrage, repris des dizaines de fois. Il se décrit ainsi comme un « tracteur » : pas forcément spectaculaire, mais capable d’avancer continuellement.

Derrière cette persévérance se cache pourtant une fragilité : le doute. Thierry évoque le regard de son père, le besoin de reconnaissance et cette impression persistante de devoir être rassuré sur la valeur de ce qu’il accomplit. Une difficulté qui accompagne son parcours d’artiste, mais qui nourrit aussi une réflexion plus large sur la création : faut-il créer pour être reconnu ou continuer à créer parce que l’on a quelque chose à dire ?

Pour Thierry, être créateur signifie finalement accepter le temps, le doute et la possibilité de l’échec. Un texte peut demander des mois ou des années de travail et finir à la poubelle. Il faut alors recommencer. Car créer, ce n’est pas seulement avoir une idée : c’est accepter de travailler, de chercher, de douter et de continuer à avancer.