Tout commence avec une catastrophe naturelle.
En avril 2015, un terrible séisme frappe le Népal. Pour Odile, cette catastrophe prend une dimension particulière lorsqu’elle apprend qu’un ancien collègue et ami professionnel se trouve justement dans le pays.
Quelques jours passent dans l’inquiétude avant qu’elle apprenne finalement qu’il a survécu.
Odile lui écrit alors pour prendre de ses nouvelles et lui proposer son aide.
Elle découvre que son ancien collègue a créé une maison d’enfants au Népal et que plusieurs enfants, survivants du séisme, ont besoin d’aide. Elle commence alors simplement par participer à une collecte de fonds organisée sur son lieu de travail.
Mais très vite, Odile comprend qu’elle veut faire davantage.
Son ancien collègue lui propose alors de devenir marraine du premier enfant qui sera accueilli après le séisme.
Elle accepte.
Cette décision va progressivement bouleverser sa vie.
Elle découvre la photographie d’un enfant qui deviendra son filleul, qu’elle appelle aujourd’hui Sushi. Pendant ce temps, son propre fils aîné quitte le foyer familial à l’âge de dix-neuf ans.
Cette étonnante coïncidence symbolise pour elle le début d’une nouvelle étape : tandis qu’un enfant quitte son propre nid familial, un autre entre symboliquement dans sa vie, à des milliers de kilomètres.
Au fil des années, Odile se rend régulièrement au Népal, devient vice-présidente de l’association BNT — Bourgogne, Népal, Tibet — puis finit par prendre une décision importante : quitter son travail pour consacrer davantage de temps à cette cause.
Dans cette interview, elle raconte également la philosophie de cette association.
BNT accueille des enfants népalais et tibétains qui vivent dans des situations de grande précarité. Certains ne sont pas juridiquement orphelins : ils ont parfois encore un père, une mère ou des grands-parents. Mais leur famille est tellement pauvre qu’elle ne peut plus garantir leur alimentation, leur scolarité ou leurs besoins essentiels.
L’association préfère parler d’« orphelins sociaux ».
L’objectif n’est pas de déraciner ces enfants par l’adoption, mais de leur permettre de grandir dans leur propre pays, d’aller à l’école, de recevoir une éducation et de construire leur avenir.
Les enfants vivent dans une maison pouvant accueillir jusqu’à trente jeunes. Ils se considèrent comme une famille élargie et vont à l’école avec d’autres enfants du quartier.
Le parrainage occupe une place essentielle dans le fonctionnement de l’association.
Mais il ne s’agit pas uniquement d’envoyer de l’argent.
Les parrains et marraines sont encouragés à écrire aux enfants, à leur envoyer des photos et, lorsque cela est possible, à venir les rencontrer au Népal.
Pour les enfants, recevoir une lettre ou une photographie représente un événement important.
Odile raconte également ce qu’elle découvre lors de ses voyages : un peuple courageux, ingénieux, accueillant, mais confronté à de grandes difficultés économiques. Elle découvre aussi une culture profondément marquée par le bouddhisme, la tolérance et l’altruisme.
Cette expérience fait écho à sa propre réflexion sur le minimalisme. Au Népal, la simplicité n’est pas simplement une philosophie de vie : elle peut être une nécessité quotidienne.
Elle évoque également les difficultés auxquelles sont confrontés les enfants lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. L’association cherche à les accompagner au-delà de leurs dix-huit ans, notamment en les aidant à poursuivre leurs études et à devenir progressivement autonomes.
Au moment de son témoignage, vingt-deux enfants vivent dans la maison et une quarantaine de parrains et marraines participent à leur accompagnement.
Pour Odile, voir ces jeunes étudier, progresser et construire leur avenir est une immense source de satisfaction.
Ce qui la frappe particulièrement, c’est leur motivation à apprendre malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Certains savent que leur propre famille ne mange pas nécessairement à sa faim tous les jours. Pourtant, après l’école, ils révisent, travaillent et poursuivent leurs études avec une étonnante détermination.
L’histoire d’Odile est finalement celle d’un engagement qui n’était pas prévu.
Elle n’avait pas imaginé devenir marraine, encore moins vice-présidente d’une association ou quitter son emploi pour se consacrer à cette mission.
Tout est parti d’un simple message après un tremblement de terre.
Un geste qui semblait modeste.
Puis une proposition.
Puis un « oui ».
Et, de fil en aiguille, ce oui a changé une partie entière de sa vie.
Une histoire de solidarité, de transmission, de rencontre et d’engagement, mais aussi une belle réflexion sur ces moments où l’on comprend que ce que l’on fait au quotidien n’est peut-être pas toujours l’essentiel.