Karine : aider les autres jusqu’à l’épuisement

Dans cet épisode de Raconte-moi, Karine revient sur une enfance marquée par une profonde souffrance scolaire et sur son parcours professionnel dans l’aide à la personne.

Lorsqu’elle parle de l’école, Karine ne cache pas son émotion. Elle y a vécu une véritable phobie scolaire. Élève calme, silencieuse et réservée, elle arrivait pourtant à l’école avec la boule au ventre et parfois l’envie de vomir.

Des années plus tard, cette souffrance continue de résonner dans sa vie de mère. Chaque rentrée scolaire ravive chez elle une partie de cette angoisse. Lorsque ses enfants sont convoqués par leurs enseignants, Karine a parfois l’impression de redevenir la petite fille qu’elle était, comme si c’était elle qui allait être réprimandée.

Pourtant, son rêve d’enfant était étonnamment simple : avoir une famille, avec un papa, une maman et beaucoup d’enfants. Elle voulait devenir mère au foyer avec cinq enfants. Aujourd’hui, elle en a trois, accompagnés de deux chats, et elle considère avec humour avoir malgré tout réalisé son rêve.

Karine évoque ensuite son expérience dans l’aide à domicile et l’aide à la personne, un métier qui lui correspondait profondément. Elle aimait aider, rendre service, apporter de la joie et sentir qu’elle faisait du bien aux personnes qu’elle accompagnait.

Mais cette implication était aussi sa fragilité.

Karine avait besoin de reconnaissance et avait tendance à en faire toujours plus. Elle ne parvenait pas à considérer les personnes dont elle s’occupait comme de simples tâches professionnelles. Lorsqu’elle accompagnait quelqu’un au quotidien, elle créait un véritable lien humain.

C’est justement cette empathie qui a fini par l’épuiser.

On lui demandait de ne pas trop s’attacher, de garder une distance émotionnelle et d’agir de manière professionnelle. Mais Karine le dit avec ses mots : elle ne sait pas être un robot.

Après avoir perdu plusieurs personnes qu’elle accompagnait, notamment en 2018, son rapport à la mort est devenu trop difficile. Elle ne se sentait plus capable de travailler auprès de personnes en fin de vie.

Elle raconte notamment l’histoire bouleversante d’une dame âgée victime d’un AVC après des années de maltraitance, qui adorait les fleurs. Pour lui faire plaisir, Karine s’arrêtait parfois au bord de la route pour lui cueillir quelques fleurs sauvages.

Un geste simple, affectueux, mais qui a finalement conduit la famille à la soupçonner de maltraitance. Karine a dû se justifier et faire intervenir les infirmières qui connaissaient son travail pour témoigner en sa faveur.

Les enfants se sont finalement excusés, mais cette accusation l’a profondément marquée.

À travers son histoire, Karine parle donc de phobie scolaire, de maternité, d’empathie, de reconnaissance, de burnout, de relation humaine et de la difficulté de prendre soin des autres sans se perdre soi-même.

Un témoignage particulièrement sincère sur une femme qui a toujours voulu faire du bien autour d’elle, mais qui a aussi dû apprendre à se protéger.