Stéphane raconte comment il s’est retrouvé presque par hasard projectionniste au cinéma municipal de Mise, à une époque où le numérique n’avait pas encore remplacé les lourdes bobines de pellicule.
Tout commence par une rencontre sur un marché. Le cinéma vient de perdre ses deux projectionnistes et la mairie cherche en urgence quelqu’un pour les remplacer. Stéphane hésite : il n’y connaît rien. On lui propose une formation rapide… qui se résume finalement à quelques explications avant de le laisser seul face à une machine complexe et à des films livrés en morceaux.
Sa première séance restera gravée dans sa mémoire : monter un film démonté, assembler correctement les bobines, vérifier le son, surveiller les raccords… et surtout ne pas se tromper devant une salle pleine. Stress, sueurs froides, peur de voir la pellicule casser en pleine projection — Stéphane vit l’un des moments les plus angoissants de sa vie professionnelle.
Les journées sont longues : montage et démontage des films, affichage dans les villages, programmation, gestion des séances et surtout la comptabilité, véritable source d’angoisse. Il lui arrive même de compléter les comptes de sa poche pour ne pas être en déficit. Pendant plusieurs mois, la pression est constante.
Peu à peu, avec l’aide d’une ancienne employée du cinéma puis d’une responsable nommée par la mairie, Stéphane prend confiance. Il traverse la transition du cinéma traditionnel vers le numérique, découvrant un métier transformé : plus simple techniquement, mais aussi moins intense et moins chargé d’adrénaline.
Malgré la liberté de programmation et l’organisation de soirées débats enrichissantes, Stéphane réalise qu’il a besoin d’action et d’air. Enfermé dans la cabine de projection, il finit par ressentir un manque. Il décide alors de quitter le cinéma pour revenir vers l’animation, un domaine plus en accord avec son énergie et sa personnalité.
Un témoignage authentique sur la peur, le dépassement de soi, la responsabilité et l’évolution d’un métier disparu.