Mathilde : le théâtre de rue a-t-il perdu son esprit rebelle ?

Qu’est-ce qui fait l’âme du théâtre de rue ? Et que devient sa liberté lorsqu’il se rapproche des institutions ?

Dans cet épisode de Raconte-moi, Mathilde partage sa passion pour le théâtre de rue et revient sur les rencontres, les expériences et les convictions qui ont façonné son parcours artistique.

Tout commence notamment à Salins-les-Bains, où un professeur de théâtre, Yves Courti, lui transmet une certaine manière de penser le théâtre. À travers la découverte d’Ariane Mnouchkine et de la Cartoucherie, Mathilde se construit autour d’une vision profondément humaine du spectacle vivant : une pratique collective où les comédiens ne font pas que jouer, mais participent à toute la vie de la troupe. On répète, on prépare les repas, on nettoie, on s’entraide. Personne n’est au-dessus des autres.

Cette solidarité, ce brassage de personnalités et cette impression de former une famille artistique lui ont beaucoup apporté. Lorsqu’elle s’est retrouvée seule en montant sa compagnie, le manque de ces compagnons de route s’est fait sentir.

Mathilde se souvient aussi de ses premières découvertes du théâtre de rue à Chalon-sur-Saône, à l’âge de seize ans. Elle y trouvait une forme artistique libre, provocatrice, parfois chaotique en apparence, mais souvent d’une grande finesse et d’une profonde humanité. Un théâtre capable de parler politique, de bouleverser l’espace public et de surprendre les spectateurs.

Aujourd’hui, elle porte un regard critique sur son évolution. Elle a le sentiment que le théâtre de rue s’est progressivement institutionnalisé, au risque de perdre une partie de son esprit punk, de sa fraîcheur et de son caractère marginal. Elle s’interroge sur le rôle des artistes, des festivals et des programmateurs dans cette transformation, tout en reconnaissant que ce sujet mérite un véritable débat.

Elle fait également le parallèle avec les squats artistiques qu’elle a connus à Bruxelles. Ces lieux parfois inconfortables étaient, à ses yeux, des espaces de liberté où les artistes pouvaient se retrouver, créer, faire de la musique et expérimenter sans être enfermés dans un cadre prédéfini.

Avec l’arrivée des subventions, de lieux mieux équipés et de la reconnaissance institutionnelle, les conditions de travail peuvent s’améliorer, mais des règles et des contreparties apparaissent aussi. Mathilde s’inquiète de ce que cette évolution peut entraîner pour la liberté de création et la possibilité d’accueillir des propositions artistiques atypiques ou provocatrices.

Son témoignage n’est pas une réponse définitive, mais une invitation à réfléchir et à débattre : comment soutenir les artistes sans brider leur liberté ? Comment préserver l’énergie collective, l’audace et la spontanéité qui font la richesse du spectacle vivant ?

Une parole engagée sur le théâtre de rue, la vie en troupe et la nécessité de préserver des espaces où l’art peut encore surprendre, déranger et rassembler.

Raconte-moi, une série de TV Mèze consacrée aux histoires humaines, aux parcours singuliers et aux regards que chacun porte sur le monde.