L’identité entre deux pays : France et Espagne

Lysiane partage une histoire : celle de ses racines espagnoles et catalanes, longtemps tues dans sa famille.

Mézoise par sa mère, issue d’une famille profondément ancrée dans le territoire, Lysiane porte aussi l’héritage d’une histoire d’exil du côté paternel. Ses grands-parents sont arrivés d’Espagne au début du XXe siècle, dans un contexte politique instable qui précède la guerre civile espagnole. Fuite économique pour certains, fuite politique pour d’autres : leur arrivée en France, d’abord à Béziers puis à Mèze, s’est faite dans la discrétion et la volonté farouche de s’intégrer.

Chez elle, on ne parlait pas espagnol. La langue était interdite. Les symboles, les traditions, les références culturelles avaient disparu. Il fallait être « plus français que les Français ». Pourtant, malgré ce silence, l’Espagne ne l’a jamais quittée.

Des années plus tard, presque instinctivement, Lysiane choisit de partir en Erasmus à Barcelone. Là-bas, elle ressent un attachement profond, viscéral. Comme si quelque chose se remettait en place. Elle découvre tardivement les détails de son histoire familiale : une arrière-grand-mère qui devait partir en Argentine, une traversée des Pyrénées dans des conditions difficiles, une installation en France marquée par la volonté de survivre et de réussir.

Aujourd’hui, elle cherche à reconstituer les fils de cette mémoire familiale, à visiter les villages d’origine, à comprendre ce qui a été tu. Son récit dépasse l’histoire personnelle : il résonne avec l’actualité des migrations. En voyant des exilés traverser les Alpes ou la Méditerranée, elle pense à sa grand-mère. Elle voit dans ces trajectoires humaines un écho du passé.

Ce témoignage est celui d’une identité multiple, d’une mémoire reconstruite et d’un regard profondément humain sur l’exil, l’intégration et la transmission.